Jolie fratrie // Irène, Olga, Jacob & Serge

Catherine est la maman de quatre enfants, deux filles et deux garçons : Irène, Olga, Jacob & Serge. Deux mamans, deux fois des jumeaux, un duo féminin suivi d’un duo masculin… Catherine nous raconte une belle histoire qui mêle joies, surprises, et bien sûr choix de prénoms !

Nos quatre enfants sont nés en quatre ans, deux par deux. Deux filles, puis deux garçons : quelles surprises, quelles joies, quels… chamboulements ! Chaque fois, nous avons eu à cœur de leur choisir des prénoms à la fois bien distincts et accordés. Nous les souhaitions hors mode mais pas incongrus, intemporels mais pas classiques, peu attribués mais pas forcément originaux, français mais potentiellement internationaux… ou internationaux mais potentiellement français, se prêtant le moins possible aux diminutifs, si possible assez brefs pour supporter un nom de famille long. Voilà pour le cahier des charges…

Irène, Moïra, Jeanne & OlgaAnna, Jeanne (2013-2014)

Première grossesse, longtemps attendue… Alors quelle merveilleuse nouvelle, après moult obstacles franchis, d’apprendre que deux bébés nous attendaient ! Deux filles ! Nous l’avons appris assez tôt, avant d’avoir pris le temps de réfléchir aux potentiels prénoms. Enfin, avant d’y avoir réfléchi trop précisément…

Le prénom Olga caracolait en tête depuis déjà un certain temps. Ah, l’âme russe !… Nous n’avons aucun lien avec ce pays, je le précise, hormis nombre de lectures déterminantes. On nous a souvent posé la question, ce que je conçois tout à fait eu égard aux prénoms de nos enfants qui, prononcés à la suite, peuvent évoquer… n’est-ce pas… un petit quelque-chose. Mais nous ne cherchions pas de cohérence absolue, ne voulions pas de “total look”. Ce qui nous plaisait en revanche, c’est que les prénoms de nos futurs enfants paraissent accordés, se fassent écho d’une manière ou d’une autre. Olga, donc… Prénom rarement attribué mais connu de tous, porteur à nos yeux d’une vraie personnalité, s’ouvrant sur ce O qui lui confère une originalité certaine, aussi bref qu’il est fort, aussi rugueux que rond, en partie international… Bref, le coup de coeur se confirmait.

Pour sa soeur, nous avons mis beaucoup plus de temps à nous décider : nous adorions Moïra… mais ne souhaitions pas deux prénoms en “a”. Alors… Aliénor ? Mon favori, de longue date… mais voilà que je ne sentais plus la même évidence désormais. Charlotte ? Je le trouvais trop classique. Edith ? Mon épouse ne l’appréciait pas spécialement. Gabrielle ? Sans plus pour elle. Margaux / Margot ? Sans plus pour moi. Jeanne ? Trop d’hommages familiaux, nous craignions le “poids de l’héritage”. Garance ? Je l’aimais entre autres pour “Les Enfants du Paradis”, mais le préférais au masculin. Et, comme pour Gabrielle, la syllabe “ga” en commun avec Olga n’était pas des plus heureuses. Et puis un soir elle lance : “Et Irène ? C’est beau, non ? Ancien, rarement attribué mais connu de tous, pas trop long, potentiellement international, lien discret avec Olga (Ah, l’âme russe !), belle signification…”. Dans un premier temps, je n’ai rien dit : je n’avais jamais envisagé ce prénom. Et puis, en y songeant, en me le répétant, en l’associant à Olga, il m’a semblé… formidable.

À 7 semaines du terme prévu, je me retrouve hospitalisée… Nous voici même en salle de naissance ! Il est question que les bébés naissent la nuit même… Finalement, je rentre à la maison quelques jours plus tard. Ça tombe bien : nous tergiversons encore sur les prénoms, même si, au fond…

C’est ainsi que te voici, le jour prévu, Irène Moïra (prénom aux origines galloises et hébraïques, initialement envisagé en premier prénom) et que te voilà, Olga Anna (prénom d’une de mes arrière-grands-mères et rappel de Anne, que j’adore pour une fille comme pour un garçon… mais déjà donné dans ma famille). Irène, “la paix” donc, fut la première : c’est elle qui a reçu ce prénom car elle était d’un grand calme in utero. Olga, qui galopait déjà beaucoup, fut la deuxième bien que son prénom ait été choisi en premier. (Ou comment ramener un peu d’arbitraire dans cette histoire…) Chacune a reçu Jeanne en troisième prénom. À deux, et à deux minutes d’écart, elles ont donné naissance à une famille.

Nous étions comblées.”

Jacob, Léonard & Serge, Isidore (2017-2018)

Moins prompte que moi à envisager l’agrandissement de la famille, mon épouse m’avait finalement dit un soir, après un documentaire sur Gainsbourg (mon cher Gainsbourg) et alors que je me résignais petit à petit à n’avoir pas d’autre enfant : “et si c’est un garçon, nous l’appellerons Serge alors ?”. Bam. Une telle déclaration, un tel engagement vis-à-vis de moi, de notre famille d’alors et à venir, cela valait bien de pré-vérouiller ce prénom, encore totalement hypothétique, virtuel.

Échographie au tout, tout début de la grossesse. Et re-bam ! L’échographiste n’a pas eu besoin de commenter l’image que nous connaissions déjà : notre bonheur allait de nouveau être double. Nous avons quand même eu un fou-rire nerveux, nous repassant en accéléré le film de tout ce qui nous attendait…

Lorsque nous avons appris, quelques semaines plus tard, que nous allions accueillir deux garçons, nous avons vraiment commencé à trouver que notre histoire avait un petit côté extraordi-paire : deux mamans, deux fois deux enfants, deux filles, deux garçons… En tout cas, c’était à nouveau deux prénoms qu’il fallait trouver désormais. Nous avions déjà Serge en ligne de mire, mais rien de définitif et encore beaucoup de temps devant nous. Mon épouse prêchait pour Térence, Eliézer, Joseph, Aloys, Léandre et Raphaël, quand j’argumentais en faveur de Fédor, Clair, Anne (oui oui), Tobie, Laszlo, Hyacinthe, ou encore un Louis-Quelque-chose.

Après avoir renoncé, pour des raisons diverses, à Thaddée / Thaddeus, Archibald, Darius, Benedict, Léonard et Théodore, nous nous retrouvions sur Lazare, Clarence, Étienne (classique mais nous l’aimions beaucoup) et bientôt Isidore, énorme et durable coup de cœur (signification, sonorités, références…). Mais il n’avait pas la même simplicité que les prénoms des grandes et, associé à Serge (qui revenait toujours dans les discussions, creusant son sillon…), il manquait d’humilité, lui faisant presque de l’ombre. C’est alors que j’ai reparlé de Jacob, que j’aimais depuis des années. Personnage emblématique de l’œuvre de Virginia Woolf (l’un de mes… phares littéraires) ; personnage biblique s’il en fut (et quel personnage !) ; peu attribué en France mais internationalement connu, ne surfant pas non plus sur la vague des “bibliques à la mode” : mon épouse n’était pas contre, du tout !

La short-list s’est précisée. Les événements se sont précipités. Me voilà hospitalisée à 9 semaines du terme, on nous parle d’une naissance sous quelques jours. “Et pour les prénoms, on en est où ?”, me demande alors mon épouse. Eh bien je n’en sais rien ; tout ce que je sais, c’est que cette fois je ne rentre pas à la maison mais que les bébés sont bien trop petits pour que j’accepte l’idée de leur arrivée.

Quatre semaines et quatre jours plus tard, il n’est plus question d’attendre davantage : les petits bonhommes grandiront mieux “dehors” que “dedans”. C’est parti ! Jusqu’au bout, nous aurons hésité, mais te voici, Jacob Léonard (je suis bretonne, du Léon… et fan de Leonard Cohen) et te voilà, Serge Isidore (don d’Isis, déesse de la fertilité : nous espérions un 3è enfant et la vie nous en a apporté un 4è) ! Chacun a reçu en troisième prénom celui d’un de ses grands-pères. À deux, et à une minute d’écart, ils ont donné naissance à deux grandes sœurs. Nous nous sentions au complet.”

“Aujourd’hui, nous trouvons bien sûr que chacun porte magnifiquement son prénom : Irène, qui danse et dessine comme elle respire, est notre artiste fantasque, souvent décalée, toujours sensible et si drôle ; Olga galope, anticipe, escrime, écrit (souvent), compte (tout le temps), organise son petit monde et fait preuve d’une grande empathie ; Jacob court, chante, escalade, s’enthousiasme, câline et sa sensibilité est déjà proverbiale ; Serge mime, enchante, rit en cascade, se concentre, taquine et sa filouterie n’est plus à démontrer.

Côté prénom, chacun ses lettres côté sœurs comme côté frères. C’est un détail, mais nous trouvions pas mal qu’il en soit ainsi pour des enfants qui partagent déjà leur jour de naissance avec un(e) autre. Enfin, les jeux de sonorités entre les quatre enfants sont comme un fil invisible qui les lie : les voyelles de Jacob résonnent avec celles d’Olga, les deux E et le R de Serge font écho à Irène tandis que le G le lie graphiquement à Olga et phonétiquement à son frère.

Quant à l’accueil qui leur a été réservé, il a été meilleur que nous ne l’aurions pensé. Ils ont surpris, plus encore pour les garçons car nous n’étions pas là où l’on nous attendait désormais (rétro-russo-bohême-chic ?), mais s’il y a eu quelques réactions mitigées ou des absences de commentaires, nous avons surtout reçu des compliments (et encore aujourd’hui). 

Si les filles avaient été des garçons, les prénoms auraient sans doute été Joseph et Clarence.
Si les garçons avaient été des filles, les prénoms auraient sûrement été Hermione et Marguerite. 

Jamais deux sans… quatre ! Voilà notre histoire, une parmi bien d’autres.”

Vos enfants portent des prénoms anciens, rétro, rares, classiques, bohèmes et/ou originaux ? N’hésitez pas à témoigner et partagez avec nous votre Jolie Fratrie : contact@jolisprenoms.fr

Jolie fratrie // Gabrielle & Lison

Thomas est le papa de deux adorables petites puces prénommées Gabrielle Lison. Après une première fille dont le joli prénom s’est rapidement imposé aux parents, l’histoire se corse quelque peu. Le prénom-évidence n’est pas au rendez-vous pour leur second enfant et le choix du prénom se fera au moment de la naissance ! Le papa (c’est si rare qu’ils prennent la parole sur ce site d’ailleurs, merci à lui) nous raconte…

Gabrielle, Colette, Nathalie

Le choix d’un prénom. LE prénom de son enfant. On aimerait vivre la réponse comme une évidence… mais est-ce vraiment toujours le cas ? Pour ma part, je crois qu’au-delà de l’assurance d’avoir trouvé le “bon” prénom pour mon enfant, le plus dur a été de renoncer. Renoncer à tous ces prénoms qui ont pu nous plaire, tous ces prénoms qui nous permettent d’imaginer ce que sera notre futur enfant.

Avant de devenir papa, le choix d’un prénom ne m’avait jamais semblé revêtir tant d’importance. Je me disais toujours “Il faut surtout choisir un prénom qui ne lui nuira pas”. Cela reste toujours très vrai pour moi… mais évidemment ce choix ne peut se résumer à cela (trop facile vous dîtes ?).

En septembre 2016 est née notre premier amour : Gabrielle, Colette, Nathalie. Bébé tant désiré, le choix de son prénom a rapidement été une évidence à nos yeux. Nous avons voulu faire les choses bien. D’abord, nous avons établi des listes de prénoms filles et garçons. Sans en avoir réellement discuté avant, nous sommes rapidement rassurés. Nous aimons tous les deux les prénoms classiques, chics et un brin rétro.

Le prénom fille était certain : Gabrielle. Beau, doux, dynamique et avec du caractère. Il a un Saint Patron des plus évidents (ce qui est essentiel pour mon épouse) et une histoire. Ce prénom coche toutes nos cases. Si nous attendions un garçon, Gabriel aurait également été dans la course… mais son caractère mode nous dérangeait quelque peu.

Nous nous mettons également d’accord sur le fait que notre enfant aura des seconds prénoms. On en choisira un chacun, pas de jaloux. Pour ma part, j’ai décidé de lui donner le prénom Colette. Colette était ma tante paternelle. Je ne l’ai jamais connue. Décédée enfant, il m’apparaissait essentiel de rendre hommage à cette petite fille que j’aurai tant aimé côtoyer. Il s’agissait également pour moi d’un geste fort envers mon père et mes grands-parents. Elle porte également le prénom Nathalie. Maman de mon épouse et personne essentielle dans la vie de notre enfant.

Pour la petite anecdote, dans les premiers temps de couple avec celle qui deviendra ma femme, j’avais eu une “révélation”. J’en été quasi-sûr, notre premier enfant s’appellera “Raphaël(le)”. En effet, j’avais fait un rêve où je me voyais gronder un enfant qui portait ce prénom. Evidemment, il m’arrive toujours de gronder (un peu)… mais c’est après une petite Gabrielle que j’en ai (j’en conclu que l’acoustique dans les rêves laisse à désirer). Outre ce côté espiègle, elle est magnifique, douce, dynamique et dotée d’un caractère bien trempé (comme maman).

Lison, Marie, Monique

“En octobre 2018, notre second bonheur pointa le bout de son nez : Lison, Marie, Monique. Le choix de son prénom fut, pour nous, une réelle épreuve. C’est d’ailleurs incroyable à imaginer, tellement celui-ci s’impose à nous aujourd’hui. Lison était un prénom repéré, au travers d’une autre fratrie sur ce même site, peu après la naissance de notre première fille. Je le trouvais surprenant, chic et pétillant. Mon épouse adora.

Si Lison avait été un garçon nous avions quelques coups de cœur chacun de notre côté : Jean pour elle, Paul pour moi… rien d’original ni de partagé. Quand nous avons su qu’il s’agissait d’une fille, le prénom Lison est vite revenu sur nos listes. Encensé pendant des semaines, nous nous demandions malgré tout si nous arriverions à “l’assumer”. Dans notre entourage, il y a beaucoup de jolis prénoms mais peu de réelles prises de risque. Sur ce constat, nous décidons alors d’écarter Lison, on le raye “définitivement” de nos listes.

Romane devient alors son presque-futur-prénom… durant des semaines (c’est long une grossesse quand on y pense !!). Il nous semble plus sage, plus facile… mais toujours avec du caractère ! Puis finalement, on pense à Adèle… (mais GabriELLE, AdELE… la répétition nous gêne). Puis, NON, c’est Romane… on est sûrs qu’il s’agira de son prénom !!! Ma femme a fini par céder… on accroche même ce prénom à la porte de sa future chambre.

Le terme approchant, le doute reste là. Nous regrettons de ne pas avoir ce “déclic” comme celui que nous avions eu pour notre premier enfant. Bébé tarde à venir… ça ne nous aide pas. Et à la naissance ? Quelques heures avant que Lison pointe le bout de son nez… on repense à Adèle, on se dit que Romane c’est bien aussi et puis… Lison. On la voit, c’est elle (il ne restera plus qu’à changer le prénom sur la porte hein !)

Notre Lison est un bonheur du quotidien. Bébé soleil, bébé sourire… elle illumine notre journée par son petit regard taquin et son sourire à tomber. Diminutif d’Elisabeth, elle a une histoire et un Saint Patron : parfait. Elle portera également deux seconds prénoms : Marie et Monique, ceux de ses arrière-grands-mères.

Et maintenant ? Elles font notre bonheur, elles sont nos joies du quotidien, elles nous épuisent. Et pourtant, les listes de prénoms ne sont pas loin…

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Jolie fratrie // Gustave, Suzanne, Lucien & Colette

Aurore est la maman de quatre enfants, dont un au Ciel : Gustave, Suzanne, Lucien & Colette. Cette professeure amatrice de généalogie, d’histoire familiale et de vieilles photographies nous raconte le choix des prénoms de ses enfants. Une jolie histoire influencée notamment par le phénomène neurologique plutôt étonnant dont souffre son mari Pierre. 

J’ai toujours eu conscience que mes goûts en matière de prénoms n’étaient pas tout à fait communs. Adolescente, je me souviens avoir dit à mes amies, dubitatives, que j’appellerai ma fille Berthe, un peu par provocation, un peu aussi pour tâter le terrain, mais surtout parce que ce prénom est superbe.

Plus tard, devenue prof, j’ai compris que j’aurais du mal à me projeter dans des prénoms trop communs, parce qu’en pensant Théo, je revoyais immanquablement Théo C., petit rigolo de la 6ème B de 2013, et Théo M., si solitaire dans cette 2nde 1 de 2015. Il me faudrait donc aller chercher des prénoms jamais croisés jusqu’alors.

D’où vient mon goût pour les prénoms anciens, voire franchement désuets ? Peut-être un peu de mes lectures, tout comme ma maman qui a choisi mon prénom après avoir lu le roman de cape et d’épée « Le Bossu » et tremblé pour son héroïne, Aurore de Nevers. De mon côté, c’est plutôt Zola, avec en tête de file de mes prénoms coup de cœur, ceux des deux amants de « Au Bonheur des dames », Denise et Octave.

J’ai aussi un certain goût pour la généalogie, l’histoire de nos familles et les vieilles photographies. Pour notre mariage déjà, Pierre et moi avions réuni et exposé une trentaine de photos de vieux mariés de nos familles. Et depuis toujours, j’adore compléter et parcourir notre arbre généalogique, mais surtout essayer de coller un visage, une anecdote sur chaque prénom. Ainsi, on redécouvre l’arrière-grand-oncle de mon mari, Aristide, un vieux garçon dit « Tonton la Valise » car toujours prêt à accepter les invitations ; mon arrière-grand-mère Lucie (dite « Mam Goz », grand-mère en breton) et sa sœur qui ont épousé… deux frères ! ; cette petite Rosalie, enfant de l’Assistance Publique dont on raconte qu’elle avait été abandonnée par une jeune fille-mère de la haute société ; Ernestine (mémé Titine), dont la maman a laissé ses 11 fils et gendres partir pour la Grande Guerre pour en revenir, tous saufs ! ; pendant que dans ma famille, Isidore n’avait pas cette chance : il a vu mourir ses 3 premiers fils avant de refuser de laisser partir le plus jeune, mon arrière-grand-père Alexis né en 1899… Tant d’histoires croustillantes ou bouleversantes, et les prénoms associés qui s’imprimaient quelque part dans un coin de mon esprit.

Mais puisque l’on ne fait pas des enfants seule, il allait bien falloir prendre en compte les goûts du futur papa ! De base un peu plus classique (Marie, Édouard…), il était aussi assez séduit par des prénoms plus anciens (Léon, Madeleine…).

Mais pour lui, LE critère qui allait primer est un peu… étonnant. Il est synesthète : un phénomène neurologique fait qu’il perçoit les lettres en couleurs. Le A est d’un rouge franc, le D d’un joli vert pomme, tandis que le Y brille d’un pourpre foncé. Mais voilà : Pierre adore le orange, et seul le U porte cette couleur. Je comprends alors qu’il serait bon de choisir des prénoms avec la lettre U, tout en essayant de me convaincre que, s’il m’a choisie et épousée, ce n’est pas uniquement pour mon U !

Gustave

Mai 2015, nous rentrons de voyage de noces. J’annonce à mon mari, qui l’attend depuis longtemps, que je suis prête à avoir un enfant. Je ne le sais pas encore, mais je suis déjà enceinte. Nous vivons une grossesse idyllique, et décidons de ne pas demander le sexe du bébé à venir. Pour un garçon, notre choix se porte sur un prénom pas trop long, facile à écrire et à prononcer, avec sa touche d’orange. Ce prénom s’inscrit aussi dans une histoire familiale : il a été porté par deux arrière-grands-pères de Pierre. Nous essayons d’anticiper les réactions de notre entourage, que nous tentons de préparer un peu : « Vous savez, nous aimons bien les prénoms anciens… » Réponse : « Vous n’allez pas l’appeler Isidore quand même, haha ». Raté, c’était le deuxième prénom sur notre liste ! Nos parents avaient imaginé Jules, Jeanne ou Louise.

En janvier 2016, ils apprennent la naissance de Gustave. Parmi nos proches, quelques-uns nous complimentent sur le choix du prénom, beaucoup ne disent rien. Nous nous y attendions. Pendant quelques mois, la grand-mère de Pierre ne parvient pas à utiliser le prénom de son papa pour parler de notre enfant. Mais pour nous, Gustave n’aurait pas pu s’appeler autrement. Comme son aïeul, c’est un taciturne. Mais aussi un petit garçon curieux, sensible et câlin, solitaire, capable de lire pendant des heures.

Suzanne 

Novembre 2016. Gustave, que j’allaite toujours matin et soir, a fêté ses 10 mois. Depuis quelques jours, je me sens fatiguée, et agacée car je ne parviens pas à perdre mes deux derniers kilos de grossesse ! Sans y croire, un soir tard, je fais un test. Je n’ai rien eu besoin de dire : il a suffi que je m’asseye en face de Pierre, dans la lumière tamisée du salon, pour qu’apercevant les battements de mon cœur taper dans mon cou, il comprenne : « Tu es enceinte ». Ce n’était pas une question. Ce qu’il ne savait pas par contre, c’est que l’échographie de datation se transformerait en échographie du premier trimestre, puisque cet enfant se cache au creux de moi depuis déjà 12 semaines. Nous souhaitions des enfants rapprochés, ils auront 16 mois d’écart. Cette fois-ci, personne n’est surpris quand notre Suzanne pointe le bout de son nez au mois de juin suivant. Pour nos proches comme pour nous, c’est une évidence. Suzanne, c’était ma grand-mère adorée. J’ai pu lui annoncer ma première grossesse, mais elle ne connaîtra jamais ses arrière-petits-enfants. Je suis très reconnaissante envers mon mari d’avoir accepté ce prénom qui signifie tant pour moi. Notre Suzanne est un vrai soleil, c’est une petite fille vive et pétillante, attentive aux autres et empathique, très volontaire… pour ne pas dire têtue.

Lucien

Mars 2019. Notre vie est bien remplie, mais déjà nous chatouille l’envie d’accueillir un nouvel enfant. À peine le temps de le dire, et nous voyons la bande violette apparaître sur le test. Me sentant toujours un peu coupable d’avoir vécu les trois premiers mois de grossesse de Suzanne dans le déni, je suis soulagée : avec 3 jours de retard de règles, la grossesse vient à peine de commencer, je ne me suis pas laissée surprendre cette fois-ci ! Et pourtant, nous n’étions pas au bout de nos surprises…

Quelques semaines plus tard, je me rends seule à mon échographie précoce. La gynécologue place sa sonde, et immédiatement je les vois. Deux toutes petites poches sombres, contenant deux minuscules embryons blancs. Mon cœur déborde, mon cerveau disjoncte. Devant cette image que je lui présente, mon conjoint écarquille les yeux, et attend que je lui confirme ce qu’il croit comprendre. Pour nous deux, c’est un mélange de peur (mais comment allons-nous gérer ??), d’incrédulité (nous n’avons aucune paire de jumeaux dans nos familles) et de bonheur indescriptible. Mais il nous faut être très prudents : le médecin m’a expliqué qu’il était possible, à ce stade précoce, que l’un ou l’autre des sacs gestationnels n’évolue pas. Et que cette grossesse gémellaire, si elle se confirmait, ne serait pas de tout repos ni sans risque pour moi et les bébés.

Mais comment rester prudents ? Nous n’osons trop y croire, mais nos cerveaux bouillonnent. Nous n’osons en parler, mais je ne peux pas m’empêcher d’imaginer l’annonce à nos parents, je surprends Pierre cherchant une maison avec 5 chambres… et un prénom s’impose à moi, très fort. Je n’y avais jamais pensé avant, mais je ne pense plus qu’à lui et je le vois partout, comme autant de signes (le livre sur lequel mes yeux se posent à la bibliothèque, le nom du dernier modèle de cette marque que je suis sur Instagram…). Je le sens : parmi ces bébés se trouve une petite fille, et ce sera Colette. Pierre ne semble d’abord pas très convaincu, un peu déstabilisé par cette conviction intime et un peu mystique, mais les jours passent, il se montre très compréhensif et découvre doucement le charme de ce prénom auquel j’ai l’air de tant tenir. Pendant les 4 semaines qui s’écoulent ensuite, le secret de cette grossesse nous rapproche comme jamais. C’est ensemble que nous allons à l’échographie du premier trimestre. J’ai tenté de me préparer aux deux images qui peuvent apparaître sur l’écran – deux bébés, ou un seul – mais le stress m’envahit. Enfin, les deux embryons apparaissent, avec leurs petites jambes et petits bras. Pourtant, le médecin cherche en vain le deuxième cœur : celui-ci a cessé de battre au cours de 72 dernières heures. Jumeau évanescent, c’est le terme médical utilisé pour ces embryons qui ne seront jamais évacués, et qui disparaîtront peu à peu pendant que le jumeau restant grandit seul dans l’utérus.

Les mois qui suivent sont assez difficiles : j’ai beaucoup de mal à investir cette grossesse. Lorsque l’on fait une fausse couche, on n’est plus enceinte. Moi, je viens de perdre un bébé, et ma tête ne parvient pas à comprendre que je suis toujours enceinte. En même temps, j’ai l’impression de ne pas avoir le droit de me plaindre, car j’ai la chance de toujours porter la vie – et la mort aussi. Tant d’émotions qui me font perdre pied. Mais peu à peu, au fil des semaines, je remonte la pente, grâce à l’écoute de Pierre, aux mots apaisants de ma maman à qui je me confie enfin, aux premiers petits coups que je sens, tardivement, mais que je ne peux ignorer. Lors de l’échographie du deuxième trimestre, Pierre décide de demander le sexe du bébé : ce sera un garçon. Et cette nouvelle me bouleverse plus que je m’y attendais, elle me sauve presque. Car elle confirme ce que j’avais senti, elle valide la conviction que je m’étais créée : c’est une petite fille qui m’avait soufflé son prénom avant de partir et de laisser grandir son frère.

À partir de là, nous avons pu annoncer la grossesse à nos amis et commencer les préparatifs pour accueillir ce bébé que nous avions un peu négligé jusque-là mais aimions déjà tant. Je m’autorise aussi enfin à chercher un prénom de garçon, sans toutefois pouvoir m’empêcher de l’accoler à Colette pour voir si cela « sonne bien ». C’est finalement mon mari qui trouve LE prénom, avec son U orange, mais aussi le C et le L de Colette, sans oublier son diminutif qui me fait craquer.

Notre Lulu, Lucien, est né en décembre dernier.J’avais peur que ma grossesse triste ait fait de lui un bébé anxieux ou malheureux, mais c’est lui qui me rassure : il est en fait paisible, rêveur, doux et illumine nos vies de ses sourires sereins.

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