La jolie histoire d’un prénom // Madeleine

Vous êtes-vous déjà demandé ce que pouvait ressentir le porteur d’un prénom rare ? D’un prénom que l’on pourrait même qualifier de démodé ? Je vous propose de découvrir le témoignage d’une adulte sur son prénom (aujourd’hui on dirait rétro, mais il était très avant-gardiste pour l’époque – un peu comme Brigitte ou Simone de nos jours).

Madeleine du blog Maman des merveilles nous raconte ses années où, enfant, elle avait peur de se présenter. Puis le lent apprivoisement de son prénom… jusqu’à aujourd’hui où elle l’assume complètement ! Et elle avait raison, la maman de Madeleine : la mode est un éternel recommencement.

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« Je suis née au milieu des années 80, et à l’époque, Aurélie, Emilie et autres Sophie régnaient sans partage sur la galaxie des prénoms féminins. Pour être une fille branchée à la crèche dans les eighties, il fallait un prénom finissant par « i » ou, à la rigueur, par « a » : autant te dire que moi, avec mon « eine », j’avais tout faux. 

Mon prénom, c’est Madeleine, comme la potesse à Jésus, comme chez la Comtesse de Ségur, comme dans la chanson de Brel mais avant tout, surtout comme ma grand-mère maternelle. Grand-mère, c’est le mot-clé, parce que la phrase « Ah, ben, comme ma Mamie / ma grand-tante / ma voisine de 90 ans » a rythmé mon enfance et mon adolescence plus que Mickaël Jackson et la B.O du Roi Lion réunis. Aussi émouvant que soit le fait de baptiser sa première-née du nom de son aïeule, la réalité, c’est que porter un prénom « de vieux », dans l’univers impitoyable de l’enfance, c’est pas simple, surtout quand on porte un nom de famille déjà propice aux blagues (sans le dévoiler, je dirai qu’il était plutôt… bestial !).

J’ai donc passé deux bons tiers de ma vie à ne pas assumer pleinement mon prénom. À la rentrée, j’avais la boule au ventre au fur et à mesure que défilait la liste d’appel, sachant pertinemment que des rires étouffés viendraient accompagner mon tour. Je savais que jamais nous ne serions deux Madeleine au sein d’une même classe, ni même d’ailleurs au sein du même établissement : dans un lycée privé au centre de Paris, peut-être, mais jamais, au grand jamais, sur les bancs de mon collège public de province. J’ai subi les moqueries, les surnoms débiles de cour de récré (« Madeleine la baleine », pour moi qui pèse encore aujourd’hui 49 kg toute mouillée) et les tentatives plus ou moins heureuses de raccourcis (Mad, Mado, ou mon détesté, Madelon). Pendant tout ce temps, ma mère me répétait que tout n’était qu’affaire de mode et que dans vingt ans peut-être, mon prénom serait devenu hyper branché au point que ceux qui jadis se moquaient l’envisageraient eux-mêmes pour leur progéniture. Quand elle me disait ça, je marmonnais dans ma barbe en pensant que quand même, c’était dégueulasse que ma sœur ait hérité de Caroline (un autre hit des 80’s) là où moi et mon frère René portions à jamais la croix de prénoms démodés. 

Le temps a passé, et si j’ai appris à cohabiter avec mon prénom, le chemin restait long avant d’être capable de l’aimer. À l’adolescence, difficile d’être rebelle quand on porte le prénom d’une petite fille modèle, difficile d’être cool quand on se sent ringarde rien qu’en se présentant. Il y a eu ensuite la chanson de Tété, qui dépeignait Madeleine comme une vieille radine, ou celle de Fatal Bazooka, qu’on continue de me passer régulièrement en soirée (et qui parle, pour les non-mélomanes, d’un mec qui fantasme sur les gros popotins masculins). Il y a eu les séjours à l’étranger, où je suis devenue « Madeline » ou « Magdalen » au bon gré de la population locale. 

Et puis, à vingt-cinq ans, j’ai rencontré l’homme de ma vie, et comme à bien d’autres niveaux, il m’a appris à accepter ce que je ne pouvais pas changer. Moi qui depuis des années imposais qu’on  m’appelle « Mado » (ce à quoi tout le monde, sauf mes parents, se pliait de bonne grâce), j’ai commencé à lâcher du lest, à me présenter spontanément par mon vrai prénom, et à faire la paix avec ce qui m’avait tant pesé. Je me suis mariée, j’ai changé de nom de famille, et l’harmonie avec ce nouveau patronyme s’est faite naturellement, presque comme un point final à mon complexe de prénom. 

Désormais, j’assume enfin mon prénom d’un autre temps, c’est ma touche d’originalité, ce qui fait que je suis moi, ce qui fait aussi qu’on se souvient de moi. J’ai appelé mon fils Simon : il n’est pas dans le top 10, mais il est dans le top 50. Il sera peut-être le seul de sa classe, mais sûrement pas le seul de son établissement. Il existe depuis toujours, et il existera sûrement toujours. Il est intemporel, universel et à mes yeux lui sied plus que quoi que ce soit d’autre. Il ne se rapporte à rien ou à personne, il nous est venu par hasard, il n’évoque rien, si ce n’est celui qui le porte et qui fait notre fierté depuis deux ans maintenant. Et l’hommage aux grands-pères, ce sont les deuxième et troisième prénoms qui en ont hérité, et c’est très bien comme ça.  

Aujourd’hui, Madeleine opère une remontée en douceur dans le cœur des jeunes parents, et j’ai de plus en plus droit à des compliments sur l’originalité, la classe et la douceur de mon prénom. À deux reprises déjà, il s’est retrouvé sur la short-list d’amis ou de connaissances, aux côtés de Louise, Léonie ou Bertille. Les mêmes personnes qui, enfant, riaient de mon prénom un peu ringard, appellent aujourd’hui leurs fils Joseph ou Marcel. Revanche de la vie ? Je dirais plutôt que ma mère, dans sa grande sagesse, avait raison : tout n’est qu’affaire de mode. »

Vous portez un prénom ancien, rare et/ou original ? Vous vous êtes réconciliés avec votre prénom, ou au contraire n’avez jamais réussi à l’accepter ? N’hésitez pas à témoigner et partagez avec nous votre histoire : contact@jolisprenoms.fr

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6 commentaires sur "La jolie histoire d’un prénom // Madeleine"

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novi
Invité
novi
pour moi c’était le contraire ,j’ai eu un prénom hyperbranché pour l’époque « michelle » et j’en ai toujours voulu à mes parents de ne pas avoir été plus originaux . C’est au point que , désormais , bénévole aux Restos du coeur , donc côtoyant des gens de mon âge peu ou prou , on a compté jusqu’à 6 Michel dans l’équipe de direction .Allez donc vous singulariser avec cela !Même quand on se parle ,c’est compliqué … J’ai rencontré un homme dont la soeur s’appelait Michèle , ce qui m’a certainement freinée dans l’idée de me marier car je ne… Read more »
Armelle
Invité
Armelle
J’ai eu presque exactement le même vécu avec mon prénom, Armelle, à une décennie d’intervalle. Si dans certains milieux il était peut être plus courant, dans ma campagne des années 90, j’aurai aimé m’appeler Marine, Justine, Camille ou Chloé, comme tout le monde (et éviter les surnoms « mamelle » « mémelle » « Ar men » « Armelle la poubelle » ….). Aujourd’hui, j’adore mon prénom, je me suis réconciliée avec lui pendant mes études supérieures, en prenant conscience que son originalité avait du bon, qu’elle avait joué sur ma personnalité… et plusieurs amis m’ont confier adorer ce prénom et imagine le donne à leur enfant …… Read more »
Mam'Weena
Invité

Mes parents étaient très avant-gardiste, avec des prénoms déjà originaux pour des jumelles des eighties : Marjolaine et Raphaëlle (pas de « i » ni de « a » pour nous), et encore plus pour mon petit frère qui porte en premier prénom celui de notre arrière-grand-père, Arsène (et qui revient très à la mode), et un deuxième prénom tahitien, Arenoui, pour être né là bas

bé
Invité

quel joli prénom !
Madeleine est très classe, féminin… J’aime beaucoup.
comme vous le dîtes, ça vous rend encore plus unique et on se souvient de vous

Aude
Invité
Aude
Je trouve votre prénom très joli et intemporel. Je suis née en 84 et aurais pu m’appeler Emilie, prénom destiné à mon frère Mathieu s’il était née fille deux ans avant moi. Ma maman a eu la bonne idée de lire un roman où un personange s’appelait Aude. Durant mon adolescence je trouvais mon prénom trop sage mais je l’aime beaucoup maintenant. Je le trouve finalement, tout comme Madeleine, joli et intemporel. Et je croise peu d’Aude donc il est aussi assez peu donné. J’aime qu’il ne soit pas à la mode. Nous avons appelé notre fils Gatien pour les… Read more »
cha
Invité

je suis litteralement fan de votre prenom puisque ma fille ainée porte le meme que vous. elle aussi dit ne pas aimer qu’on la surnomme mado madelon madoue à l’ecole. nous lui apprenons à le dire et à être fiere du prenom qu’on a choisi pour elle. nous recevons beaucoupd e compliments sur notre choix et ceux qui n’aiment pas ou qui trouvent ce prenom desuet…. eh bien on passe dessus et on se felicite chaque jour d’avoir une petite fille de 5 ans qui porte si bien son prenom… longue vie aux madeleines

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